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Comment aborder le sujet « réalité de la sexualité et cinéma pornographique » avec des pré-adolescents ?

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Ce sujet est délicat à aborder car la sexualité est généralement un sujet tabou ou peu évoqué dans notre culture judéo-chrétienne. C’est un espace considéré par nos mentalités comme très intime, en parler peut être vu comme intrusif, nommer des mots sexuels peut mettre mal à l’aise… Je pense que tout se joue dans la façon dont nous les éduquons à l’image et à la dimension sentimentale de l’acte sexuel. Sur ce point-ci je vous conseille de lire un de mes derniers articles : https://www.proseeducation.fr/2019/03/18/comment-aborder-la-premiere-fois-avec-ma-fille-de-10-12-ans-pour-quelle-ne-tombe-pas-dans-la-pression-du-ca-y-est-je-lai-fait/

Les contenus pornographiques sont accessibles à n’importe qui, mineurs ou non. Notre société ne ménage pas les yeux de nos enfants. Installer des sécurités est une précaution, mais elle a ses limites. Si vous pouvez contrôler certaines pratiques en votre sein, à l’extérieur tout est possible. Je me répète d’article en article – c’est mon cheval de bataille – l’accompagnement d’un jeune sur toutes les questions de transgression, d’initiation, de rapport à…se fait avant tout par l’éveil à la conscience et à l’esprit critique. Donc oui, parlons-en ! Mais pas trop. L’intimité de nos enfants doit le rester. N’entrons pas dans leur espace, éclairons les sur les sollicitations et les attirances qu’ils ont.

A quoi devons-nous être attentifs par rapport à la pornographie, quels sont les écueils pour nos jeunes ?

Le corps intime

Le rapport aux contenus pornographiques peut être anxiogène pour les jeunes qui se posent des questions d’identité sexuelle. Avec toute la panoplie de choix qu’ils peuvent trouver, leur attirance pour telle ou telle pratique sexuelle peut les amener à se penser « anormaux », « différents » voire « en faute ». Sans les désigner comme destinataires directs de vos échanges sur la sexualité, essayez de rester dans une tolérance maximale (à chacun ses limites) sur les choix sexuels des gens. C’est un autre sujet mais ce n’est pas en refusant toute différence de pratiques ou en jugeant et condamnant ce qui n’est pas dans la norme que vous pouvez orienter sexuellement votre enfant. Si il ou elle est attiré(e) par des pratiques homosexuelles par exemple, il ne le sera pas moins parce que vous condamnez cela. Au contraire, il risque de s’enfoncer dans un mal être avec de la culpabilité, un conflit de loyauté, de la frustration… « En France, selon le ministère de la Santé, le suicide représente aujourd’hui la seconde cause de mortalité chez les 15-24 ans (soit 16,3 % du total des décès) et concerne majoritairement les hommes. Les jeunes homosexuels, quant à eux, présenteraient quatre à sept fois plus de risque de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels (Verdier et Firdion, 2003)[1]

Revenons à la question.

Les images et les pratiques sexuelles présentées sur les sites pornographiques peuvent également les choquer et perturber le sens qu’ils ont de la bienséance voire du crime et de la loi universelle : l’interdit de l’inceste (certains sites proposent des scènes d’incestes, intra familiale, pédophiles, le viol…). Qu’est-ce qui est permis, tolérés, tolérables ? Les pistes sont brouillées et peuvent donc fortement troubler les repères des adolescents quant à la sexualité.

Qu’est ce qui se joue pour un pré-ado au niveau de sa sexualité et de son rapport au corps ? Tout d’abord, c’est évidemment le temps de la puberté, d’un corps en changement qui se sexualise, de l’agitation hormonale qui amène une recherche de contact physique avec ses pairs, un désir de savoir qu’il ou elle plaît…des nouvelles sensations…Ils vont donc entrer dans la curiosité, la découverte des sens en lien avec cette puberté.

Le corps social

Comment je situe mon corps par rapport aux autres ? A quelle femme, à quel homme je m’identifie ? Dans quel corps je peux me sentir bien alors même qu’il est en mouvement.

C’est évidemment une période où ils vont se comparer. Comparer leur corps, ses formes, ses atouts, leur force physique, la taille de leur sexe, l’âge où ils vont développer des complexes… Quel est ce corps que l’on dénude, que l’on couvre…comment je me situe. Quelle image je vais renvoyer de moi dans mes choix de vêtements…C’est tout un processus au niveau du rapport aux autres, de la sexualisation qui se met en action.

Dans ce cheminement personnel et, relié au regard de l’autre, la conscience qu’ils vont développer sur le traitement des corps dans les médias est essentiel pour qu’ils se situent dans un monde qui leur correspond et non pas dans celui que la société leur propose. C’est là l’enjeu majeur. Je vous réfère une seconde fois à l’article cité dans le premier paragraphe sur la façon d’aborder la première fois avec un ado (proseeducation.fr). Cette idée y est développée.

L’industrie pornographique

Parler d’industrie pornographique permet d’élargir cette notion à un système économique. Car c’est bien cela qui est en jeu. Une économie qui vient susciter ou répondre à des désirs sexuels en les mettant en scène.

Si vous voulez mieux comprendre -pour mieux en parler- ce qui se cache derrière cette industrie, je vous conseille de regarder le documentaire « Hot Girls Wanted » sur Netflix. « Le but des deux journalistes est de sensibiliser les plus jeunes et leurs parents à la dangerosité de l’Internet pornographique. De plus en plus de sites spécialisés incitent en effet des jeunes filles à peine majeures à se lancer dans le porno amateur, sans qu’elles n’en soupçonnent l’envers du décor. » On comprend également les motivations des gamines qui s’embarquent dans cette expérience, majoritairement l’argent, bien sûr, la vie de voyages, et comment le système va les inciter à accepter de faire des choses vraiment glauques pour être de plus en plus connues et rémunérées.

Ailleurs et différemment, au Japon, « au cours des cinq dernières années, plus de 130 cas de jeunes femmes ayant demandé de l’aide suite à des abus sexuels ont été portés à leur connaissance. Il s’agit pour la majorité de ces affaires de mauvais traitements. Certaines actrices ont révélé avoir été contraintes de se livrer, à maintes reprises, à des rapports sexuels non protégés, et même avoir été victime de viols. »[2]

L’éducation à l’image – La sexualité et le plaisir, entre images et réalité.

Il faut resituer les images pornographiques. Il s’agit bien de films, de montages, de mises en scènes, d’effets de lumières, de maquillage et autre. Le site belge « C’est pas pour moi, c’est pour un ami » est un outil d’éducation à la pornographie par le biais de l’éducation aux médias pour les jeunes entre 12 et 15 ans. Les deux créatrices décortiquent sommairement les bases du principe des films pour sensibiliser à la différence entre pornographie et réalité. Je vous conseille d’aller le visiter.

Pour un jeune, se tourner vers ces sites ou s’intéresser à la sexualité est lié à un enjeu de plaisir. Comment prendre du plaisir, comment en donner…Quand un ado se compare à un acteur de film porno, il aura forcément des complexes ; s’il pense donner du plaisir à une femme en faisant comme sur ces vidéos, il risque de passer à côté de plein de choses. Car ces films ne sont pas la réalité. Le feeling, les sentiments, le respect, prendre le temps, l’amour…c’est toutes ces dimensions qu’il faut évoquer avec les adolescents. Une fille qui crie n’est pas forcément une fille qui prend du plaisir par exemple. Elle préfèrera majoritairement la douceur. Une fille n’arrivera pas nue dans son salon pour un premier rendez-vous (sauf expérience inédite). C’est cela qu’il faut suggérer : la performance et le plaisir sont deux choses différentes.

                Pour conclure, si vous voulez travailler ces questions avec des groupes, ne passez pas par 4 chemins. Si les adultes ne se saisissent pas de ces sujets, les médias, les réseaux sociaux, la réalité virtuelle le feront. Aborder ce qui se joue dans l’industrie pornographique, parler de la mise en scène (éducation à l’image), parler d’amour, de respect et distinguer la performance du plaisir permettra aux jeunes d’être moins sous pression, de les rassurer sur un espace de dialogue possible sur ces questions, de remettre des sentiments et de la subjectivité dans une société qui s’évertue à rendre les corps objets et formatés.


[1] https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2013-4-page-169.htm?try_download=1

[2] https://www.cnews.fr/monde/2016-03-04/lindustrie-porno-japonaise-exploiterait-et-maltraiterait-ses-actrices-724284

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