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Comment aborder la première fois avec ma fille de 10/12 ans pour qu’elle ne tombe pas dans la pression du : “Ca y est je l’ai fait !”

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Cette question renvoie à plusieurs dimensions car elle touche à l’intimité, au rapport au corps, au sexe, à l’amour, au groupe de pairs, à l’affirmation de soi… Comment aborder cette première fois ?

On peut penser qu’à 10, 11, 12 ans elles sont trop jeunes pour parler de « ça ». Mais parler de « ça » n’est pas parler de sexe. Le rapport au corps, aux câlins, aux bisous, apprendre ce qu’est « faire l’amour », que vous vouliez l’en préserver ou pas, l’école et ses récréations se chargeront de cette initiation. Et la pub, la télévision bien sûr avec son plateau de « femmes objets », intéressantes que si elles sont dévêtues, assorties d’un vide intellectuel déroutant. Sans compter l’accès dont on se méfie trop peu, à netflix par exemple qui va leur proposer des films pas du tout adaptés à leur âge quand bien même ils sont sur le profil « kids »… Eteindre sa télé à vie n’est pas ma préconisation (je n’aime pas les extrêmes). Si votre fille a déjà le nez dans la télé réalité par exemple, regardez avec elle et formulez des questions pour éveiller son esprit critique : « que penses-tu de leur tenue, de leur façon de parler ? Trouves-tu leurs histoires intéressantes…Penses-tu que ces histoires sont spontanées ? A ton avis ça dit quoi des femmes ?… » (la question qui m’a été posée concerne les filles mais les mêmes enjeux sont actifs pour les garçons. Exister dans l’avoir a pris le dessus sur l’être dans sa globalité). Vous pouvez attirer leurs regards sur d’autres modèles féminins qui mettent en avant la grandeur de l’esprit, comme Greta Thunberg, Hermione Granger, la Matilda de Roald Dahl, une femme de votre entourage…

                Les petites filles relient le bisou à l’amour. Devant un film ou un dessin animé, quand un homme regarde une femme avec des yeux langoureux, ou si une femme propose un rendez-vous à un homme, dans l’esprit de l’enfant il ou elle est instantanément amoureux. Nous, adultes, savons que non. Dans leur pureté, elles ont spontanément saisi que l’affection et l’intimité du corps avec quelqu’un sont liées. Mais la réalité peut les décevoir. Pour éviter qu’elles se sentent trahies car elles se seraient laissées embrasser voire plus par un garçon qui en fait ne les aime pas, il est important de leur donner une grille de lecture de ce qu’est l’amour. L’amour est bienveillance, respect, souci du bien-être de l’autre et l’intérêt réel pour l’autre s’inscrit dans les actes. Quand bien même elles sont encore jeunes, les graines que vous allez planter là leur serviront toute leur vie, sur un plan sentimental et global. Les mots ne valent rien sans acte. L’amour n’est en rien synonyme de souffrance. Doucement, tranquillement, leur expliquer aussi que ce n’est pas parce qu’un garçon veut embrasser une fille qu’il est amoureux. Il nécessaire de resituer l’amour dans la relation physique à l’autre.

Se sentir libre de dire non à quelqu’un, au groupe est fondamental. Plus on se connaît, plus on connaît ses limites plus on est apte à les poser bien sûr. Accompagner sa future adolescente et jeune fille dans ce sens va énormément l’aider. Se connaître…aider la dans son quotidien à nommer ses émotions. Ce sont nos émotions qui font de chacun de nous un être unique et différencié. Elle sera plus à même de repérer les situations qui la mettent bien, mal et à faire des choix éclairés. Combien de femmes confondent amour et dépendance car la sensation physique amène une confusion entre ces deux sentiments. La question du consentement est complexe car même le « oui » face à un garçon qui insiste un peu peut être largement conditionné : je dis « oui » parce que si je le fais pas je serais la seule vierge de mon groupe, parce que je ne veux pas passer pour une fille coincée, parce que je ne veux pas qu’il me quitte…Nous devons leur faire comprendre qu’elles n’appartiennent à personne, qu’elles seules sont décisionnaires de ce qui se passe pour leur corps et que si un garçon la recale pour un « non » c’est qu’il n’en vaut pas la peine. Dans leur sexualité future, le risque est qu’elles clivent les sentiments et l’intimité physique avec quelqu’un, que leur corps se désinvestissent des émotions et deviennent, inconsciemment, un outil, un objet.

De façon générale, nous avons la responsabilité de les éduquer en leur rappelant que la majorité n’a pas forcément raison, que les  humains sont majoritairement suiveurs (vous pouvez par exemple leur parler des « Justes, ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie », comme le disait si bien Simone Veil). L’enjeu n’est pas d’être un mouton mais un être libre de penser et d’agir. Se plaire à soi, se respecter leur apportera beaucoup plus de satisfaction et de confiance en elles que de soucier de plaire aux autres. Evidemment les choses ne se feront pas du jour au lendemain mais vous plantez les graines d’un beau chemin.

Enfin, et comme toujours, il faut d’abord être soi-même en accord avec ces/ses convictions car les enfants sont les plus puissants détecteurs de nos mensonges, que ceux-ci soient inconscients ou non.

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